30.03.2009
La fiscalité, une révolution à faire.
Il est de bon ton, à gauche comme au Modem si l’on en croit les sondages, d’être scandalisé par le bouclier fiscal. Personnellement je ne le suis pas. On peut discuter sur le taux, mais le fait de dire que pas plus de la moitié de ce que vous gagnez va à la collectivité ne me paraît pas scandaleux.
Ce qui est choquant c’est que certains patrons (pas les patrons), gagnent, par leur salaire agrémenté de bonus, 300 ou 400 fois le smic. Rien ne le justifie, jamais. Une entreprise est toujours une entreprise collective, une alliance intelligente du capital et du travail dans des circonstances données. La « prise de risque » de ces patrons du CAC 40 est proche de zéro et ne dépasse jamais la prise de risque de n’importe quel salarié. Leur compétence, leur clairvoyance, leur courage (c’est plus rare) ne méritent pas ces salaires disproportionnés.
Ne parlons même pas du fait qu’en France, la plupart de ces patrons sortent de la nomenklatura étatique (les grands corps de l’Etat).
Nous reviendrons une autre fois sur pourquoi ces patrons gagnent autant, car il est important de comprendre pourquoi.
En revanche, le système fiscal français de fiscalité dite directe, l’un des plus compliqués du monde, l’un des plus coûteux à gérer, n’est que médiocrement productif (l’impôt sur le revenu ne représente que 7% du budget de l’Etat : eh oui, en France, on ne paie que très peu d’impôts sur le revenu) et partant que très médiocrement redistributif.
Le vrai scandale fiscal est dans les fameuses niches : les abattements catégoriels, les crédits d’impôts divers, etc. Tout cela est profondément injuste, corporatiste. La gauche a créé autant de niches que la droite et peut-être même plus. Comme en France, il n’y a pas la moitié des ménages qui paient l’impôt sur le revenu (principalement grâce à Chirac d’ailleurs, vrai initiateur du mouvement !), toute mesure qui aménage l’impôt est dénoncée automatiquement comme profitant aux riches au motif qu’il n’y a rien pour les pauvres. Absurde !
La vraie justice fiscale repose sur l’égalité. Tout revenu, salaire, bonus, intéressement, plus-value, loyers, etc., sans exception aucune, devrait payer l’impôt sur le revenu comme il supporte la CSG et CRDS. L’exonération devrait être interdite par la Constitution, car cette exonération est toujours source d’une distorsion bien souvent contraire à celle voulue initialement : pensez que la France détient le record d’Europe de personnes payées au SMIC : évidemment, depuis quinze ans, on crée des allègements de charge pour les bas salaires (actuellement de 1 à 1,6 fois le SMIC), résultat, on a comme par hasard plus de « bas salaires » qu’ailleurs ! (On prendra ces notions comme relatives bien sûr, la richesse moyenne du Français restant très supérieure à celle de la plupart des pays du monde). C’est ainsi que chacun devrait payer l’impôt, même le plus pauvre d’entre nous, signe de son appartenance au groupe au sein duquel il est mis en commun des moyens au nom de tous pour le bénéfice de chacun quand il veut en faire usage (les routes, les hôpitaux, etc.). L’égalité fiscale, comme on le voit, est aussi une condition de la fraternité. Bien sûr faut-il maintenir une, ou deux peut-être, tranches d’impôt supplémentaires. Mais là aussi, il faut se garder de tout excès, de tout esprit revanchard qui, immanquablement aboutit au contraire de ce que l’on cherche.
La vraie justice fiscale repose également sur la simplicité. Chacun devine que tout le monde n’est pas égal devant la complexité inouïe du système fiscal. Qui peut s’offrir les services d’un fiscaliste qui, en toute légalité, vous fera échapper à une grande partie de l’impôt ? La complexité est inégalitaire, en plus bien sûr d’être stupide : payer des fonctionnaires compétents, très bien formés en général, à gérer de la complexité inutile cela ne s’appelle pas du soutien de la croissance, mais de la stupidité et du gaspillage social.
La vraie justice fiscale repose enfin sur la stabilité. Une fiscalité qui ne change pas tous les matins, qui n’est pas le jouet de politiques en mal de signes (et non de réalités) à donner au bon peuple, est le meilleur gage d’une croissance réelle de la richesse et du bien-être car non fondée sur la recherche à court terme d’aubaines fiscales.
Qui imposera une telle réforme ? Quelle force politique, quel mouvement citoyen sera assez puissant pour faire échec d’un côté à la démagogie (ah ça fait fait du bien de faire payer les riches !) et de l’autre à la résistance des possédants qui par d’innombrables fils détiennent pratiquement tous les leviers du pouvoir ?
Laurent Lehec
15:15 Publié dans Les Propositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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