15.04.2009

Le mépris


Cela fait deux ou trois Conseils Municipaux auxquels j’assiste, dans la zone réservée au public. Le même constat s’impose : les séances du Conseil Municipal sont malheureusement une parodie de démocratie.
La semaine dernière, c’est le budget, acte ô combien important dans une communauté quelle qu’elle soit, même si la matière est toujours rébarbative.

Bruno Rémond, l’adjoint aux finances, que l’on suppose impliqué, aura expédié sa présentation générale rapidement, osé dire à l’opposition « je ne comprends pas pourquoi vous ne votez pas notre budget » (c’est vrai quoi, c’est insupportable, l’opposition ne comprend rien, elle ose contester mes documents, elle ose même prendre la parole !). On sent tout de suite l’élu concerné, soucieux de convaincre au delà du fait que son budget sera de toute façon voté. Je suis ironique bien sûr : il n’en a manifestement rien à faire, c’est son énième budget, la présentation diffère à peine de celle de l’année précédente... Il est las. Et il partira avant le vote…

Le Maire, après un petit caprice sur le fait qu’on ne l’avait pas prévenu du déroulement exact du « power point » (vous savez, c’est le genre d’incident destiné à vous faire dire : ah, il a du caractère, mais c’est raté, la scène est simplement ridicule), après toutes les présentations par secteur (certaines sont bonnes et vivantes) et quelques phrases bien senties où il place du ministre Untel, et de la ministre Unetelle pour bien vous faire comprendre que lui côtoie les gens importants de la République, passe la parole à l’opposition. Merci. Et l’opposition la prend.
On notera d’abord que seule l’opposition parle au Conseil Municipal. Un élu de la majorité municipale ne parle que si on l’y invite (pour la présentation d’un point par exemple).. En trois séances , je n’ai jamais vu un élu de la majorité (PS, PC ou DNV) soulever un point, discuter, débattre.... Dommage.

Marie-Christine Charpentier, notre élue du Mouvement Démocrate, parle la première. Trois questions la préoccupent : la différence considérable entre l’effectif budgété et l’effectif réel du personnel municipal, la croissance continue de la dette, l’augmentation d’environ 47% des indemnités aux élus.

Nous reviendrons sur chacun de ces points dans d’autres contributions pour nous concentrer ici uniquement sur la façon avec laquelle le Maire a répondu.

Marie-Christine est coupée immédiatement par le Maire : « si vous aviez assisté à la commission, etc.  ». Le but est clair, il est de discréditer d’emblée sa parole. Renseignements pris après le Conseil, la question qu’elle posait n’a pas été abordée en commission (Premier mensonge du Maire). Il se profile que le contenu de la réponse, donnée en fin de séance, est du même acabit : la différence est de 36 (« c’est une erreur du document, nous l’avons indiqué, vous le sauriez si vous aviez été en commission »). On croit rêver : le document que le Maire présente est faux mais c’est quand même la faute du lecteur ! Et s’il est faux,  « c’est parce que la loi nous oblige à présenter ainsi » (je cite en substance). Sans doute, les notes d’explication sont elles interdites à Cachan.

Deuxième point, la dette. L’ensemble de l’opposition fait remarquer, chacun avec ses mots, que la dette augmente, que c’est inquiétant parce que Cachan est au dessus de la moyenne de sa « strate » (villes comparables par la taille de la population) et que ce mouvement s’est accru.
Là, nous atteignons un grand moment de démocratie populiste, « on fait dire ce que l’on veut aux statistiques », « vous ne pouvez pas comparer Cachan avec Paris ou avec un village de campagne » (sic). Notre député-maire a oublié que les « strates » servent précisément à ne pas mettre dans le même panier de l’analyse, les grandes et les petites villes, mais qu’importe la vérité, n’est-ce-pas ? Et de nous expliquer, avec non moins de démagogie, que l’Etat, ce grand malhonnête, s’est débrouillé pour inciter la plupart des Villes à augmenter les taux de la fiscalité locale en conditionnant le bénéfice d’une trésorerie avancée de remboursement de la TVA au maintien d’un niveau d’investissement. C’est en partie vrai, cela ne cache pas que M.Delanoë (n’est-ce pas lui au fait que soutenait M. Le Bouillonnec dans les élections internes au PS ?) augmente de près de 15% la fiscalité à Paris... La vérité, c’est que la dette par habitant augmente à Cachan, même compte tenu de l’augmentation réelle de la population dont il n’est que partiellement tenu compte, que la dette en valeur absolue augmente fortement et que si l’encours de dette baisse après 2011, c’est que par définition on ne tient pas compte des des dettes qui seront contractées en 2010.

Une des vérités de ce budget, c’est aussi que les dépenses du personnel augmentent de 4,7% (en raison, en partie seulement, du fameux « GVT » (glissement-vieillesse-technicité), que la ligne du budget consacrée aux indemnités des élus augmente de 47%, principalement au bénéfice des adjoints. Un studio musical de 65 000 euros aussi pour un centre socio-culturel dont l’urgence en temps de crise est manifeste... Manifestement les options de ce budget ne sont pas inspirées par un sens républicain du partage des efforts. « Et si les impôts continuent d’augmenter, c’est à cause de l’Etat toujours, qui augmente les bases d’imposition, je n’y peux rien, c’est la loi. ». On est dans le «  J’vous jure, M’dame, c’est pas moi, c’est l’Etat ». Le Maire aurait pu se poser la question de la baisse des taux, ce n’est pas tabou. Déplorable !

La démagogie est hélas fréquente et on serait sans doute trop sévère à vouloir n’en voir aucune trace chez nos élus. Ce qui compte ce sont les actes. En revanche, l’attitude personnelle du Maire et de certains de ses adjoints (la politique c’est aussi une affaire d’individus) est hautement critiquable. A quoi cette attitude rime-t-elle ? A masquer son désintérêt de la substance des dossiers, de la Ville même peut-être ? Cette municipalité est à bout de souffle.

Quant à la morgue, au mépris que le Maire manifeste, c’est à tous les élus en fait qu’il les manifeste et pas seulement à l’opposition. La séance du Conseil Municipal consacrée au budget a été une pitoyable et bien triste mascarade. Le mépris, c’est toujours le signe d’une petitesse. Cachan ne mérite pas cela.

Laurent Lehec

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